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Morä Vyrhelle

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Laure发表:
Hé bien ... je ne trouve pas les mot pour exprimer la joie d'avoir trouver ce blog !
Je suis une chasseuse d'image notament pour illustrer un jeu de rôle crée de toute pièce pour des amis ( je ne situe pas mon niveau en dessin assé bon pour le faire moi même ^^').
Je n'ai pas eu le temps de tout parcourir mais le peu que j'ai vu me replonge dans mes début d'écriture et mon projet fou d'un jour faire publier une saga pour faire rêver comme ces histoires m'ont fait rêver !
En tout cas bravo j'adore et je replonge imédiatement pour cette foi me mettre à la lecture poussée.
Bon courage d'une petite ange du haut de son nuage !
11 月 21 日
Emilie发表:
J'espère ne pas donner l'impression de flooder votre espace perso ^^' mais je sais qu'il est toujours agréable de recevoir des commentaires alors je me permets de poster ici aussi !
Je vous ai déjà dit tout le bien que je pensais de vos travaux, alors je vais me contenter de vous souhaitez une bonne continuation, en espérant que vous pourrez faire tout ce que vous souhaitez et que vous penserez à vos fans avides de news ^^
Surtout conservez la tête haute !
5 月 5 日

Le petit monde de Vyrhelle

Citation du jour:« Qu'est-ce que la vérité d'un visage, sinon ce qu'elle laisse deviner de l'âme ?» Richard Millet
第 1 张,共 6 张

L'enfant des loups (part 6)

... Suite chapitre 2


Le jeune prince effondra littéralement sur son lit sans même prendre la peine de se dévêtir. Dehors, au travers de la grande porte fenêtre de sa chambre, la lune était belle dans un ciel que le froid grandissant rendait limpide. Il la regarda un long moment, les sens encore anesthésiés par l’alcool, mais ravi de sa soirée. Gadreel avait de suite sympathisé avec le jeune prince et tous deux s’étaient vite retrouvés avec une énième chope de bière à la main en chantant à tue-tête dans la taverne des refrains populaires et paillards, une femme à chaque bras. Femmes dont l’une au moins avait du finir la nuit dans le lit de Gadreel. Cette pensée fit sourire Kael qui secoua la tête d’une consternation feinte. Lui était reparti seul, souhaitant d’avantage la solitude ce soir-là que les charmes d’une inconnue. Raekwon et Eithel n’avaient pas pris part aux festivités, ayant disparus rapidement, sans doute pour préparer leur départ au petit matin pour la frontière Est. Il était convenu que le groupe de mercenaires reviendrait d’ici trois jours pour faire leur rapport. Kael, allongé sur son lit avec le sentiment de sa tâche accomplie, laissa donc son esprit se perdre en regardant cette lune gibbeuse. En l’absence de Raekwon, le jeune noble allait reprendre son banal quotidien, entre courtisans de la cour et devoirs de prince. Cette perspective le fit soupirer. Il mourrait d’envie de partir lui aussi pour la frontière et ainsi laisser derrière lui l’ennui de sa vie où tout était si prévisible. De plus, il repensait à sa mère, qui depuis qu’il avait eu ces cent ans et donc sa majorité, ne manquait jamais de lui glisser régulièrement des insinuations mal déguisées : il était temps pour lui de penser à trouver une compagne dans la haute société elfique. Cette seule idée lui faisait irrémédiablement lever les yeux au ciel. Il connaissait que trop bien toute ces jeunes femmes, élevées dans la perspective de devenir des épouses modèles. Kael les connaissait toutes depuis l’enfance. Soumises, douces, serviables, aimables, polies, en somme de dociles et parfaites maîtresses de maison… Kael les trouvait plus fades les unes que les autres. Il préférait, et de loin, la compagnie des filles de joie que l’on trouvait aux abords voir dans la taverne du vieux chêne. C’étaient des filles au fort caractère, surprenantes et souvent imprévisibles. Et Kael aimait parler longuement avec elles, tout autant qu’il aimait se perdre sur leur corps dénudé. Pour le moment, il arrivait à faire taire sa mère par un baiser sur le front et un sourire amusé, tout comme à se satisfaire de ses escapades nocturnes mais il savait que cela ne durerait pas. Son esprit, cette fois, embrumé par l’alcool le rendait décidément de plus en plus sombre. Il regarda encore et toujours cette lune descendante. Cela lui rappela que les elfes lunaires disaient la déesse de la Lune, Ylia, capricieuse quand la lune déclinait. Il ignora pourquoi il pensa à cela. Son humeur morose, cette lune magnifique ou peut-être tout simplement sa rencontre avec Eithel. Il eut soudain un sourire en coin.

_ Ylia. Déesse des illusions et des songes… Est-ce toi qui joue ainsi avec mon humeur ? Que ne préfèrerais-tu pas m’envoyer un de tes doux rêves au parfum d’inconnu et d’insolite ? J’ai envie de rêver à des lieux loin d’ici…

Il avait dit cette étrange prière à une déesse qui n’était pas celle de son peuple avec de l’ironie amusée dans la voix. Et après un sourire moqueur à l’astre blanc, il se roula sur le côté pour lui tourner le dos et se résolu à tenter de dormir un peu. Et l’alcool agissant, il s’endormit presque aussitôt.

Cependant, dans la douceur de cette nuit d’automne, sous les rayons froids de la lune, sa prière sarcastique fut entendue. Et à peine avait-il fermé les yeux et sombrer dans ses rêves qu’il y vit une femme masquée qui marchait vers lui dans un décor uniformément noir. Cette apparition avait de longs cheveux noirs qui tombaient en cascade sur ses épaules et sur le haut d’une longue robe blanche et noire. D’apparence, elle n’avait rien de particulier. Grande, élancée, gracieuse dans ses mouvements lents et vaporeux, Kael ne voyait en réalité que son masque d’argent ciselé qui cachait en grande partie son visage, ne laissa pas deviner ses traits. Elle s’arrêta et le regarda. Puis tendit une main vers lui.

_ Rêve.

Aussitôt l’image de son songe se brouilla, la femme disparut et Kael perdit pied, se retrouvant comme chutant dans des ténèbres insondables. Il en eut un sursaut réel dans son sommeil. Mais ne se réveilla pas pour autant comme prisonnier de ce songe. Il n’y avait que des ténèbres autour de lui. Rien d’autre. Il finit par en perdre ses repères et se demanda s’il tombait, montait ou était tout simplement immobile. Finalement, ses pieds touchèrent une surface plus ou moins solide, comme une terre détrempée par la pluie, lui apportant un repère succinct mais rassurant. Pourtant il ne pouvait se fier qu’à son toucher, le noir opaque obstruant toujours tout, dans un silence de mort. Il plissa les yeux comme pour tenter de voir dans ces ténèbres, mais rien. Il ne voyait même pas son propre corps. D’ailleurs en avait-il encore un ? Il ne le sentait plus et n’osait vérifier en tentant de poser une main sur son propre torse. Il préféra se concentrer sur ce qui l’entourait. Mais il n’y avait absolument rien. Devant ce constat, il tenta un premier pas, même s’il était incapable de voir ses pieds. Puis un deuxième suivit aussitôt. Voyant que rien ne se produisait, il ne s’arrêta pas et continua sa progression dans le noir. Cela dura un long, un très long moment. Une éternité, même pour l’elfe qu’il était. Et toujours le noir, toujours ce silence, toujours la solitude la plus absolue. Il se mit à se parler à lui-même, cherchant à briser de sa voix ce silence qui le mettait de plus en plus mal à l’aise.

_ Ca m’apprendra à l’ouvrir. Tu voulais de l’inconnu, hein ? Et bien te voici servi mon pauvre Kael… Quoi de plus inconnu qu’un lieu qu’on ne peut même pas voir ? Quel rêve… Mais est-ce bien un rêve, hein ? Oui, bien sûr que c’en est un. Et je vais me réveiller dans mon lit, j’aurai sûrement une sérieuse gueule de bois et avec un peu de chance, ma mère pour venir encore me harceler dès le petit déjeuner…

Il finit par se taire. Depuis combien de temps était-il ici ? Le doute envahit soudain son esprit. Tout ça était trop étrange, plus déroutant qu’un rêve, car plus net, plus précis. Il ralentit soudain un peu l’allure. Pour finalement s’arrêter. Il fit un tour sur lui-même, cherchant le moindre indice, la moindre chose dans ce noir devenu oppressant. Il se mit à sentir sa respiration s’accélérer, ses mains devenir moites. Il avait à présent la gorge sèche et un frisson parcouru son dos. Il était envahi doucement par un sentiment de peur et de panique, au point qu’il regretta finalement ses paroles. Il avait le goût de l’aventure, mais là cet endroit était trop étrange. Inconnu, oui, insolite, tout autant, mais ce n’était pas vraiment ce que le prince avait en tête quand il avait fait sa requête. Il réalisa qu’il avait peut-être offensé cette déesse que son peuple ne connaissait que par les récits des voyageurs. Il passa sa main sur son visage et regarda à nouveau de tous côtés, à présent véritablement mal à l’aise et inquiet. Finalement, il se mit à parler plus fort, comme pour emplir cet espace désespérément vide et noir.

_ Il y a quelqu’un?

Rien, pas même un écho ou une résonance. Il recommença plusieurs fois, de plus en plus fort.

_ … Répondez ? Il y a quelqu’un ? Qui m’a mené ici ? Est-ce vous Ylia ? Existez-vous réellement ? Si c’est le cas, je suis confus et désolé. Je ne pensais pas offenser une déesse. Une véritable déesse. Je ne suis qu’un idiot…

Toujours aucune réponse. Il était seul, désespérément seul. Il se remit donc à marcher pour tromper son inquiétude. Il marcha droit devant lui, à grandes enjambées, puis de plus en plus vite et finit par courir comme un fou.

_ Répondez !! Je ne peux être seul ici !! Répondez !!

Il courra tant et si bien que ses jambes finirent par se dérober sous lui et il acheva sa course sur le sol. Il réalisa alors que ce sol était froid. Glacial même. Il resta malgré tout un moment sans bouger, presque exsangue et étalé de tout son long dans cet endroit. Son regard était perdu, vide. Il avait l’impression d’être là depuis des heures. Il réalisa qu’il était peut-être bien inutile de bouger d’avantage. Il repensa à la journée qu’il avait passée, cherchant dans sa réalité les moyens de conserver son calme. C’est alors que la peur assaillait à nouveau son âme que quelque chose vacilla devant son regard. Aussitôt, le prince se remit sur ses pieds, pour se précipiter vers ce qui lui semblait être une lueur à peine visible.
Il se retrouva à bout de souffle devant une sorte de passage, comme une ouverture voilée par un rideau aussi sombre que le lieu où il se trouvait. Il s’avança avec circonspection et allait tirer la tenture quand une main venait de l’autre côté le précéda. Un large faisceau de lumière l’aveugla et il du mettre son bras devant ses yeux pour supporter la clarté nouvelle.

_ Et bien, un problème Kael ?

Le jeune prince reconnu aussitôt la voix de son ami Raekwon. Il cligna des yeux et reconnu enfin la silhouette du mercenaire.

_ Tu n’imagines pas à quel point je suis heureux de te voir. Tu sais où nous sommes ?
_ Mais enfin, à la taverne. J’allais te demander ce que tu faisais dans le cellier, mais je crois que tu as simplement abusé de quelques bouteilles…
_ Non ! Enfin, si… peut-être.

Kael passa alors à travers l’ouverture et se retrouva dans la salle secondaire du cabaret. Il fut tenter de regarder derrière lui, derrière la tenture… Et finalement ne le fit pas. Il avait du réellement abusé de l’alcool et n’était même pas rentré… Il soupira, à la fois de soulagement et de dépit. Il ne tenait décidément pas l’alcool. Il s’avança dans la pièce et s’affala sur l’une des banquettes couvertes de coussins. Il avait l’impression d’avoir un marteau de guerre nain qui lui fracassait le crâne.

_ Voilà ce que c’est d’abuser des bonnes choses. Repose-toi le temps de reprendre un peu de lucidité, puis rentre chez toi.
_ Vous partez à l’aube ?
_ Oui.
_ Amenez-moi avec vous.
_ Je ne crois pas. Pas dans ton état en tout cas.

Kael eut un sourire amer. Evidemment que Raekwon le refuserait dans son groupe. Il devait avoir l’air pitoyable avec sa gueule de bois. Il se passa une main devant ses yeux douloureux et quand il finit de faire glisser sa main sur son visage et qu’il avait rouvert les yeux, il crut voir une forme passer dans l’ombre devant lui. Il se redressa d’un bond et regarda Raekwon qui n’avait pas bougé.

_ Tu as vu ?
_ Voir quoi ?
_ Là, l’ombre !
_ Décuve Kael, tu as du rêver.

Rêver. Rêver… Oui, sûrement. Mais à peine avait-il regagné ses coussins que l’ombre apparut à nouveau mais derrière Raekwon. C’était une femme… Aux longs cheveux noirs qui cachaient presque entièrement son corps nu. Et avait une lame à la main et s’apprêtait à l’abattre sur le mercenaire. Le jeune elfe sylvain se précipita vers l’ombre. Elle le fixa de ses yeux. Il en resta interdit et stoppé en pleine course. Son regard le transperça de part en part. Il en resta comme pétrifié. Il ne réussit qu’à crier.

_ Raekwon, attention !!!

La silhouette s’évanouit, Raekwon et la salle de la taverne aussi et Kael ouvrit des yeux exorbités, dans sa chambre, en sueur, haletant, assis sur son lit. Baigné par la lueur blafarde de la lune.
Kael se leva d’un bond, encore secoué par la montée d’adrénaline qu’avait provoquée son rêve. Et ouvrit la fenêtre de sa chambre à la volée pour venir s’appuyer à la rambarde du balcon. Il revoyait ce regard… Il respira profondément l’air frais de la nuit et revisita son périple chimérique. Mais il ne voyait plus que les yeux de cette belle femme. Des yeux envoûtants, terribles et pourtant inoubliables. Rien que par leur couleur. Cette femme avait les yeux d’une louve.



Au petit matin, un valet frappa à la porte des appartements du prince héritier. Kael était assis à son bureau, l’air sinistre. Il n’avait pas réussi à fermer l’œil du restant de la nuit et l’alcool n’avait pas aidé à lui offrir le repos. Devant lui, une liasse de feuilles éparses n’arborant que des croquis d’yeux de femme, tous griffonnés sans exception. Kael avait la tête pendant mollement sur le dossier de son fauteuil. Le valet, peu accoutumé à voir le jeune prince dans cet état, se fit le plus discret possible. Il déposa le plateau du petit déjeuner et disparut aussitôt, en fermant la porte avec maintes précautions. Malheureusement pour son humeur, la porte se rouvrit  trop rapidement à son goût, laissant apparaître une mère aimante et un peu trop attentionnée.

_ Mon fils, mais enfin que t’arrive-t-il ? Serais-tu souffrant ? Quelle mine affreuse ! Et cette tenue… Voudrais-tu passer pour un va-nu-pieds ? Oh, que la grâce d’Elenzel soit tienne ! Tu es encore allé dans les bas quartiers… Mais enfin que te passe-t-il donc par la tête pour aller dans des coins aussi mal famés ?
_ Mère… Je vous en prie… Moins fort…
_ Moins fort ?! Moins fort ! Mais mon petit, tu l’as bien mérité ! Et qu’est-ce que ceci ?

Elle avait saisit une des nombreuses feuilles qui s’affichaient sur le bureau. Elle la regarda avec un air à la limite entre la consternation et indignation. Elle plissa les yeux qui ne devinrent que deux fentes emplies de reproche.

_ Et elle ? Qui est-ce ? Une nouvelle traînée qui aurait offert ses charmes au grand benêt que tu es ? Dire que tu es en âge de te marier avec une des filles les plus convenables du royaume et tout ce que tu trouves à faire, c’est gribouiller les yeux d’une… d’une…
_ D’une illusion qui a hanté mes rêves cette nuit…
_ …

La reine resta bouche bée devant sa réponse. Elle laissa le dessin charbonné au sol et son visage devint blême.

_ Qu’entends-tu exactement par là ?
_ Je n’entends rien du tout. Je l’ai vu en rêve. Des yeux magnifiques… Irréels…
_ Oh non mon fils, ne me fais pas ce coup-là ! Si c’est ta nouvelle excuse pour ne pas prendre compagne, je ne marche pas. Me prendrais-tu pour une idiote ?
_ Mère… Vous êtes désespérante.
_ Quoi ?! Oh, mon cher fils, je sens que nous allons avoir une bonne discussion avec ton père. Ces enfantillages ne peuvent plus durer. Tu es le prince héritier, un jour tu règneras sur tout le royaume de Bath’ière. Et une attitude désinvolte comme la tienne ne sied pas à un futur roi.
_ Cela est si dur à admettre que je puisse avoir été sensible au regard d’un songe ?
_ Tu es désespérant !
_ Et pas en état de tenir une conversation cohérente.
_ A qui la faute ? Tu as d’ailleurs d’étranges fréquentations depuis quelques temps… Ca ne peut plus durer ainsi. Et ton ... Comment s’appelle-t-il déjà ? Rakwan ?
_ Raekwon.
_ Peu importe. Il a une très mauvaise influence sur toi ! Je ne veux plus le voir au palais.
_ Mère ! Il est le meilleur maître d’arme que je n’ai jamais eu. Vous n’allez pas le chasser ainsi ? De tout façon, il n’est pas là. Il est en mission pour plusieurs jours.
_ Tant mieux. Comme ça au moins ça t’évitera de courir dans les bas quartiers durant ce temps-là.
_ Vous êtes injuste, mère. J’allais déjà là-bas avant son arrivée et vous le savez très bien.
_ Justement, il est temps que cela cesse. Et ça ne porte pas à discussion. Je refuse que tu y retournes. Et à présent, rends-toi présentable. Nous avons un déjeuner avec les conseillers de ton père. Il manquerait plus que tu leur fasses mauvaise impression. »

Son regard tomba sur les dessins et elle les balaya de la main.

_ Et tu me fais disparaître tout ceci ! De ton bureau et de ton esprit. Crois-moi, je vais faire en sorte que tu n’es plus le temps de laisser ton esprit vagabonder vers de telles divagations.

La reine se retira alors dans un tourbillon de mousseline vert d’eau, laissant le silence reprendre sa place dans la chambre. Kael soupira. Il saisit alors l’un des dessins et observa le regard qui se dissimulait derrière de larges hachures d’énervement. Et il chiffonna violement le papier avant de le jeter au loin.

_ Qu’un rêve… Juste un rêve.

Il laissa sa tête retomber dans ses mains, les bras accoudés sur le bureau. Il laissa ses doigts glisser dans ses cheveux ébouriffés puis se leva péniblement. Il devait faire bonne figure à présent où sa mère n’aurait de cesse de lui faire des reproches. Il se déshabilla et rejoignit sa salle d’eau personnelle. Là, l’eau d’une source approvisionnait directement un bac qui pouvait être chauffé. Mais ce matin-là, Kael y entra directement, espérant sortir de sa torpeur par le choc d’une eau glacée. Peine perdue. Mais après quelques ablutions, il était au moins propre et ne sentait plus l’alcool. Il avait les sens engourdis par le froid mais semblait un peu plus lucide. Il entoura sa taille d’un drap de se planta au milieu de la pièce, le regard perdu dans sa propre image que reflétait un miroir.

_ Voilà ce qui arrive quand on offense une déesse… Te voilà envoûté par l’un de ses songes. Tu n’es qu’un imbécile mon pauvre Kael.

Il décocha alors un magnifique coup de poing dans le mur. Mais dans son geste, le miroir vacilla et tomba au sol pour s’y briser en mille morceaux. Kael eut les épaules et la tête qui tombèrent devant cette nouvelle déconvenue.  Désabusé, il s’agenouilla, le poing en feu et ramassa uns à uns les morceaux épars du miroir. Il prit un temps fou pour en ramasser la plupart et finalement jeta la tout dans un coin et sortit de la salle d’eau, en faisant attention de ne pas marcher sur l’un d’eux. De retour dans la chambre, il s’assit sur le lit et finit par s’y laisser tomber de tout son poids.

_ Ca ne peut durer ainsi… Je ne peux rester ainsi, sans agir, à regarder le monde tourner autour de moi et de n’en être que le pantin. J’étouffe ! Ce palais ressemble de plus en plus à un tombeau dans lequel je vivrai jusqu’à la fin des temps…

Ses poings se serrèrent à nouveau, mais la douleur à son poing droit se rappela aussitôt à son bon souvenir. Il le ramena alors devant ses yeux et le frotta de son autre main. Kael était à présent d’aplomb mais son cœur était toujours maussade. Laissant ses pensées errer, les images du rêve lui revinrent inévitablement une à une… Il trouva ironique de se sentir perdu comme dans les ténèbres impalpables du songe. Ce fut alors comme un coup de tonnerre dans son esprit : et si ça n’avait pas été qu’un simple rêve ? D’abord, voyant cela comme une pensée absurde, cette idée fit son chemin. Et au bout de quelques instants, Kael fut quasiment certain d’une chose. S’il voulait rencontrer cette femme, ce serait en suivant Raekwon ! Et puis n’était-elle pas un danger pour son ami ? Le prince se leva alors d’un bond, les sourcils froncés. Il se précipita à son bureau et saisit l’un des dessins.

_ Je sais ce qu’il me reste à faire.

Il abandonna le morceau de papier qui retomba en virevoltant tandis que Kael s’appliquait déjà à se vêtir. Il ne mit évidemment pas une tenue convenant à un repas à la cour. Non, il enfila ce qui se prêtait d’avantage à un quelconque mercenaire. Pantalon, veste et bottes de cuir noir sous une ample cape verte sombre.  Diverses armes vinrent parfaire le tout. En le voyant, personne n’aurait deviné l’ascendance royale du jeune elfe. Il ne prit même pas le temps d’observer le rendu final de son accoutrement pour débouler hors de la chambre, laissant les portes grandes ouvertes derrière lui et ajustant une large besace sur son épaule. Il évita les grands couloirs trop fréquentés et prit la direction des cuisines. Là, il enfourna dans sa besace des provisions pour tenir quelques jours sous les regards dubitatifs de quelques marmitons qui ne reconnurent qu’à grand peine le prince héritier du royaume dont les cheveux ruisselaient encore. Celui-ci les gratifia d’un large sourire et disparut aussi vite qu’il était venu, laissant les jeunes gens interrogatifs.
Kael rejoignit ensuite les écuries avec une humeur de plus en plus radieuse. Non, l’alcool n’était pas le fautif à son état et le sentiment de faire enfin ce qu’il désirait de son existence avait ôté toute trace de la grisaille qui enserrait son crâne et son cœur. C’est donc d’un pas allègre qu’il poussa la porte d’un des box et qu’il harnacha l’un des chevaux du haras familial. Cela lui prit peu de temps, habitué depuis très jeune à ce genre d’exercice. Il ne mit que quelques petites minutes avant de reprendre la direction de la sortie. Mais il s’arrêta net devant une petite silhouette silencieuse qui lui faisait face. Les grands yeux noirs perçants de sa jeune sœur  le fixaient.

_ Aelianel ? Mais à croire que tu me suis…
_ Grand frère. Tu t’en vas ? Pourtant, mère ne t’a-t-elle pas dit qu’il y avait un repas important ce midi ?
_ Je suis au courant. Mais je ne pourrais pas y assister.
_ Pourquoi ? C’est un repas officiel, tu te dois d’être présent. Tu pars où pour filer ainsi comme un voleur?

Kael regarda autour d’eux comme s’il avait soudain la crainte d’être surpris par une autre personne. Il s’agenouilla devant sa sœur et prit ses mains dans les siennes. Elles étaient si menues et fines qu’il avait peur de les briser en les serrant trop fort. Il resta une seconde le regard braqué sur ses jolies petites mains toutes blanches puis leva les yeux vers sa chère sœur. Elle, elle le fixait avec cette expression de maturité et cette impassibilité qui troublaient toujours son frère.

_ Je pars pour la frontière. J’en ai pour quelques jours tout au plus. Je serai revenu avant que tu ne t’inquiètes.
_ La frontière ?
_ Oui, tu vois je ne quitte pas le royaume. Je vais voir un ami et je reviens.
_ Tu ne peux pas envoyer un message à ton ami pour que, lui, vienne?
_ Non, ma belle Aelianel, je dois y aller en personne, j’ai besoin de parler avec lui de quelque chose d’important.
_ Mère et père ne sont pas au courant, je suppose?
_ Je ne les ai pas averti. Tu voudras bien le faire pour moi ?
_ Ils ne t’auraient pas laissé partir sinon, hein ? Tu esquives la tempête pour ne pas avoir une interdiction formelle de quitter le palais. J’ai entendu mère ce matin…
_ Tu es une petite maligne. Bon, je te promets je reviens dans trois jours. Voilà, rassurée ?
_ Non, mais si c’est important.
_ Très important. Mon ami est peut-être en danger, je dois l’avertir.
_ Sois prudent alors.
_ Je te le promets. Je n’ai aucune envie de m’attirer plus d’ennuis que je vais déjà en avoir en revenant.

La jeune fille qui semblait à peine entrer dans l’adolescence baissa la tête et se recula dans un mouvement qui ouvrait le chemin. Kael se releva alors et la gratifia d’un tendre baiser sur le front. Puis il saisit les rênes de sa monture, sortit des écuries pour monter aussitôt en selle et lancer sa monture au galop. Aelianel resta sur le seuil de la grande porte, regarda son frère disparaître trop vite de sa vue.

L'enfant des loups (part 5)

...suite du chapitre 2.

Le soleil avait commencé sa descente dans le ciel automnal. La ville elfique était paisible comme toujours, les rues seulement animées par les voix de quelques marchants, de passants et le chant joyeux des oiseaux migrateurs qui se ressemblaient pour leur départ imminent vers le sud. Kael s’était attardé un instant pour les voir virevolter, au-dessus des arbres aux teintes d’or et de feu, en larges masses sombres et fascinantes, telles des troupes d’armées sur les plaines de Lémoriade. Le jeune prince n’avait pas connu la guerre, trop jeune pour n’en connaître que les récits des bardes. Ces oiseaux lui firent penser à ses combats fantastiques qui avaient sévi moins d’un siècle plus tôt et éveillaient son imaginaire. A cette époque, les elfes sylvains de Talinn ne s’étaient que peu impliqués dans ce combat qui opposa Elfes Sylvains, Hauts Elfes et Humains contre des races plus anciennes : drows, semi hommes et quelques elfes Mortis que beaucoup avaient fini par nommé les elfes maudits. A leur tête, il y avait une magicienne elfe maudite impitoyable qui s’était dressée contre tous et en était morte, l’épée à la main. Elle marqua tant les esprits de l’époque que d’elle naquit une légende, la légende de la Dame Sanglante… Le jeune homme réalisa que ses pensées s’étaient bien assombries tout à coup.  Le retour des drows sûrement, la croyance populaire affirmant que drows et elfes maudits étaient de même engeance.

Kael avait repris sa route et arriva à la taverne, une petite bâtisse sans prétention acculée aux racines d’un arbre centenaire. C’était un lieu de mauvaise réputation, où elfe, humain et parfois même nain se rencontraient pour des affaires plus ou moins claires, plus ou moins légales. On parlait même de règlements de compte sanglants et d’étranges disparitions. Mais c’est en connaissance de cause qu’il poussa la porte de bois pour pénétrer dans la salle commune. Il portait une large pèlerine en laine grossière sur une tenue de rôdeur des plus banales et des plus sobres. Il n’avait pas l’intention d’attirer l’attention sur lui, ayant fait la mauvaise expérience d’être trop repérable la première fois qu’il était venu. A présent, il était presque un habitué que le tavernier salua d’un signe de la main. Le jeune prince s’avança alors dans la salle et rejoignit le comptoir.
_ Comme d’habitude mon gars ?
_ Comme d’habitude. Au fait, tu as vu Raekwon ?
_ Raekwon ? Pas vu de la journée. Tu voulais le voir ?
_ Oui. On avait à parler …
_ Affaire ? 

Kael trouva le tavernier un peu trop curieux tout à coup, alors que celui-ci lui servait une chope de bière naine.
_ Non, enfin, pas que je sache… Bon, je vais l’attendre dans la deuxième salle.
_ J’te l’envoie dès qu’il arrive.
_ Merci, Beren.
_ De rien mon gars.

Chope en main, le « rôdeur » s’éclipsa par une porte discrète du fond de la pièce. Après avoir emprunté un escalier de bois, il déboucha dans une petite salle creusée à même la terre dans l’enchevêtrement des racines du vieil arbre. Les murs bruts étaient habillés de tapisseries anciennes et le lieu comptait quelques meubles simples mais confortables. La lumière tamisée de quelques bougies rendait le lieu intime et agréable. C’était le coin des habitués et des échanges qui nécessitaient un peu … d’isolement. Kael connaissait l’endroit pour y avoir passé pas mal de temps avec des rôdeurs et des mercenaires en tout genre, mais aussi régulièrement avec quelques femmes de petite vertu. Le tavernier avait annoncé que Raekwon n’était pas là, pourtant le jeune prince ne fut pas surpris de voir le mercenaire confortablement installé à une table. Ce qui le surprit par contre, c’est que le mercenaire n’était pas seul. Il était accompagné de deux autres hommes que Kael ne connaissait pas, et le prince eut tôt fait de comprendre que son ami humain n’avait pas attendu après lui pour recruter des volontaires pour ce travail. C’est donc un peu piqué au vif qu’il s’attabla à son tour. Face à lui, se tenaient donc Raekwon, un elfe lunaire et « un » fée. Curieuse alliance, ne put que penser Kael, surtout dans la région. Fée et elfe lunaire étant généralement originaires du vieux continent de Varen’ka, de l’autre côté de la Mer Centrale, ils étaient bien loin de chez eux... Il prit un court instant pour examiner ces deux nouveaux venus. L’elfe avait des cheveux lisses et d’un noir bleuté qui tombaient souplement sur ses épaules. Sa peau était pâle, tirant légèrement sur une teinte grisée. Il avait un visage allongée et bien dessiné dont on  ne voyait que les yeux : comme chez tous les elfes lunaires, ils avaient, dans la pénombre, ce reflet étrange de ceux des prédateurs nocturnes. Les elfes lunaires étant capables comme eux de voir parfaitement dans l’obscurité. « Le » fée, pour sa part et contrairement à la croyance populaire, affichait une très haute stature musculeuse, de très longs cheveux blancs bleutés et deux paires de longue ailes repliées qu’il cachait à peine sous une longue cape. Kael n’avait pas souvent l’occasion de voir des fées se montrer ainsi, les fées étant un peuple des plus secrets. Et pour ajouter à sa surprise, Kael dut constater que le fée n’était pas beaucoup plus âgé que lui et que ce fut lui également qui engagea la conversation. Il avait une voix grave et mélodieuse, qui charmait au premier son. Et son elfique était parfait.
_ Alors c’est vous le commanditaire ? Vous n’êtes pas un peu jeune pour ça ?
_ Je pourrai vous retourner la question. Mais on n’est pas là pour discuter de nos âges respectifs, n’est-ce pas ? Vous savez pour quelle raison je cherche des hommes ?
_ Oui. Raekwon nous a mis au courant.
_ Et vous avez des questions ?
_ Juste savoir ce que vous nous fournissez comme équipement et quand nous serons payé.
_ L’équipement, je vous ferai parvenir tout ce que vous demandez. Et le payement…

Il déposa une lourde bourse sur la table.

_ Voilà déjà pour vous, le reste, une fois que j’aurai des informations valables. Je dois savoir ce qui se trame à la frontière Est, c’est tout ce qui m’importe.
_ Bon, ça marche pour moi, lança le fée.
_ Pour moi aussi,  répondit l’elfe lunaire.
_ Cependant avant qu’on ne close ce contrat, je veux connaître vos noms,  lança Kael.

Les deux nouveaux mercenaires se regardèrent puis se tournèrent vers Raekwon qui leur fit un signe d’acquiescement de la tête. L’elfe lunaire tendit alors le premier une main vers Kael, main que le jeune elfe sylvain serra.
_ Eithel Amandil.
_ Gadreel Nei, lança presque joyeusement le fée.
_  … et Raekwon Faerideos. 

Kael fut surpris du nom que lui donna le fée. Nei… C’était le nom de l’impératrice des fées du royaume de Cehilan… Mais l’intervention de Raekwon lui fit oublier sa réflexion. C’était la première fois que le mercenaire donnait son nom au complet depuis que Kael l’avait rencontré en ce même lieu. Il finit par afficher un petit sourire en coin, satisfait de la tournure des évènements.
_ Je suis Kael Aldaron. 

L'enfant des loups (part 4)

Chapitre 2

Kael


Le bruit du cuir durci des semelles de bottes résonnait à un rythme mesuré et lent sur le marbre noir de la grande pièce. Dans un coin, le jeune page n’osait faire le moindre geste et encore moins la moindre réflexion. Il portait encore entre les mains la cause de l’agitation de son maître. La missive venait d’une troupe d’éclaireurs qui avaient été envoyés deux jours plus tôt à la frontière Est. Et les nouvelles n’étaient pas très bonnes. L’elfe d’un grand âge aux cheveux noirs grisonnants arpentait son bureau comme un lion en cage. Il agissait souvent ainsi lorsqu’il était contrarié ou qu’une situation demandait une réflexion minutieuse. Il semblait imposant à cet instant, dans sa grande et longue tunique richement brodée d’un profond vert feuillage un peu miroitant. Dans un des sièges de bois précieux qui faisaient face au bureau, un autre elfe sylvain, plus jeune et à l’allure moins stricte, jouait nonchalamment avec un sceau de bronze.

« Encore une attaque drow. Décidément, les elfes noirs sont de plus en plus agités ces derniers temps. Des décennies que nous n’avions plus eu a nous soucier de leur présence et nous voici avec trois attaques en moins de deux mois.
_ Calmez-vous, père. La faim a du les pousser à sortir de leurs trous. L’hiver a été rude cette année et les récoltes de l’été précédent n’étaient pas les meilleures que nous ayons connues. Eux, bien plus que nous, ont du en pâtir.
_ Ce n’est pas faux, mais je crains que ça n’ait rien à voir. Les attaques étaient bien préparées, implacables et faite par des drows en pleine santé. Et que je sache les réserves de blé n’ont pas été pillées.
_ … seules les vivres périssables et le bétail ont été emportées, je sais. Le reste a été détruit… Ce qui n’exclue pourtant pas l’hypothèse d’une famine chez eux.
_ Je ne sais pas. Ils n’ont laissé aucun survivant, pas même les enfants.»

L’elfe s’assit à son tour cessant enfin d’arpenter la pièce de long en large. Il regarda son fils. C’était un jeune homme d’une centaine d’années à peine, mais à la musculature marquée par une formation guerrière et une allure noble forgée par une éducation de lettré. Celui-ci cessa de jouer avec le sceau royal et le reposa sur le bureau avant de venir s’accouder sur ses genoux, en joignant ses mains.

« Les drows ne sont pas connus pour être magnanimes. Ceux qu’ils ne tuent pas sur place, ils les tuent à petit feu dans leurs souterrains. Bref, chercher à comprendre sans avoir tous les éléments en main me parait bien inutile. Pourquoi ne pas envoyer certains de vos hommes faire leur enquête. Nous pourrions alors appréhender la situation avec plus de lucidité.
_ Des soldats ? Les drows les massacreraient à vue. Non, je suis d’accord avec toi sur le principe, mais il faut des hommes plus… discrets.
_ Des mercenaires ou des rôdeurs, dans ce cas. Pourquoi pas. J’en connais plusieurs qui ont ma confiance et qui savent se montrer excellents dans ce genre de mission.
_ Tu penses à quelqu’un en particulier, n’est-ce pas ?

Le jeune elfe eut un sourire en coin. Il se redressa et fixa son père avec une pointe de provocation au fond de ses yeux verts. Le père eut alors une expression un peu pincée car il avait sa réponse. Il prit dans un même temps une feuille de parchemin, une plume et commença à rédiger un message. L’encre noire glissait rapidement sur la texture lisse du papier de qualité.

« Si tu penses qu’il fera l’affaire, je ne dis pas. Mais tu sais que je n’aime pas beaucoup donner de telles responsabilités à des gens qui n’ont pas encore réellement fait leur preuve. Et ce nouveau venu, un humain de surcroît, ne m’inspire pas la moindre confiance. Il a le regard d’un être bien plus vieux qu’il n’y parait. Méfies-toi quand même de lui.
_ Père, voyons, lui reprochez-vous d’avoir une vie privée qu’il veuille garder pour lui-même ?
_ Non, bien sûr que non, mais je ne fais pas confiance à un humain qui a un regard plus perçant que certains immortels et qui a su s’intégrer dans les plus hautes sphères de la cour aussi facilement. Sans compter ces marques qu’il arbore sur la peau. Je le soupçonne d’être un mage bien plus qu’un mercenaire.
_ Et alors père, seriez-vous devenu suspicieux envers les mages ?
_ Ne dis donc pas de bêtise, Kael. Je suis prudent. Et toi… Tu ne l’es pas assez. Que ce soit vis-à-vis de ce mercenaire ou des drows. Fais montre de plus de réserve mon fils, on est jamais trop méfiant… Tiens, voilà de quoi engager les meilleurs mercenaires que tu pourras trouver. Et si tu le juges à la hauteur, fait comme bon te semble, mais ne viens pas dire que je ne t’aurais pas prévenu.»

Kael se leva et saisit le parchemin et après avoir jeté un coup d’œil rapide sur les écrits, le roula soigneusement pour le faire disparaître dans un repli de son manteau de cuir brun. Il ajusta sa tenue et fit un salut protocolaire à son père.

« Ne vous en faites pas, père. Je viendrai vous faire le rapport de cette mission moi-même dans deux ou trois jours, tout au plus. »

Le jeune prince fit alors demi-tour et sortit du bureau, non sans un regard amusé pour le page qui profita de l’occasion pour s’éclipser lui aussi. Le roi Kildan Aldaron avait la réputation d’un roi juste et sage, mais ces colères restaient légendaires au point que tout le monde les craignait sans forcement de raison. Et le jeune page en était l’exemple même. Kael oublia vite cette petite scénette amusante pour accélérer le pas et rejoindre la cour extérieure, là où le mercenaire l’attendait sûrement déjà pour leurs passes d’armes quasi quotidiennes. Et Kael avait vu juste. A l’ombre d’une des colonnes de marbre recouvertes de végétation, se tenait adossée la haute silhouette sombre d’un homme qui, en retirant la capuche qui couvrait sa tête, révéla une blanche chevelure mi-longue. Un homme aux yeux d’un bleu rare qui vinrent s’arrêter sur le prince qui déboulait rapidement dans le lieu ouvert.

« Raekwon ! Pardonne mon retard, mon père m’a convoqué à la dernière minute.
_ … »

Le mercenaire s’était simplement décollé de la pierre pour se planter sur ses deux jambes. Un peu plus à la lumière, on pouvait voir un humain, en apparence d’une trentaine d’année tout au plus, à la peau basanée que d’étranges dessins clairs, comme des cicatrices rituelles, décoraient sur plusieurs parties visibles. Il portait un long manteau à capuche, en toile épaisse et noire, orné de plusieurs ceintures de cuirs tant sur la taille que sur le reste du vêtement, à la mode de certains nomades du sud. Il observait la progression de Kael sans un mot.

« Et tu vas apprécier d’avoir attendu, j’ai du travail pour toi. C’est une mission bien payée. Ca t’intéresse toujours ce genre de chose ?
_ Dis-m’en plus. »

Kael sortit alors la missive royale et la tendit à Raekwon. Celui-ci la saisit, la lut rapidement avant de la refermer pour la rendre. Il se mit à faire quelques pas comme pour quitter calmement la cour, Kael lui emboîtant le pas aussitôt. L’elfe et l’humain cheminèrent ensemble vers la sortie du palais.

« Des drows. Je pensais la région épargnée de leurs excursions à l’air libre.
_ Justement, nous aussi. Il n’y avait pas eu de telles attaques depuis ma petite enfance. Mon père à l’air plus inquiet à ce sujet qu’il ne veut le dire. Alors, tu serais intéressé ?
_ Oui. Mais je ne tiens pas à faire équipe avec des incompétents. Mieux veut un petit nombre de mercenaires aguerris. Je peux me charger de les recruter pour toi.
_ Tu es sûrement meilleur juge que moi, mais dans ce cas, je veux t’accompagner. »

Raekwon s’arrêta et examina soigneusement Kael de la tête aux pieds. Puis reprit la marche.

« Rejoins-moi à la taverne en ville en fin d’après-midi.
_ J’y serai… Et je suppose qu’on oublie nos quelques passes pour aujourd’hui ? »

Raekwon n’eut qu’un léger sourire amusé pour l’elfe avant de s’éloigner en direction des portes du palais et de rejoindre la ville. Kael resta à regarder cet étrange personnage qu’il avait rencontré il n’y avait que quelques semaines mais qui lui avait laissé l’étrange impression d’avoir un passé sombre et secret, ainsi qu’un choix de vie entièrement tourné vers le combat, sous toutes ses formes. Au point que Kael et lui s’étaient trouvé une sorte de jeu assez insolite: le prince défiait régulièrement le mercenaire en duel. Mais l’elfe n’avait pas encore trouvé une seule arme avec laquelle le mercenaire se trouvait en défaut. Et loin d’éveiller jalousie et rancœur, le jeune noble s’en amusait ouvertement, admiratif de la maîtrise de Raekwon qui portait le combat au rang d’art.

A présent seul, Kael revint lentement sur ses pas, la tête basse, perdu dans ses pensées. Les paroles de son père à propos de Raekwon lui revinrent, mais il les balaya bien vite. Lui, avait confiance en cet étrange personnage même s’il était un peu froid, distant, limite désinvolte et avare de mots. Il traversa la cour baignée de soleil et s’y arrêta un instant pour admirer le temps radieux et exceptionnel en cette fin d’automne. Il soupira de ne pouvoir apprécier d’avantage la douceur de ce jour et rentra pour rejoindre ses appartements. Depuis la galerie du premier étage, une jeune fille à la belle chevelure brune les avait observés tout au long de leur échange sans se manifester. Mais quand Kael monta à sa hauteur, elle lui fit une simple révérence. Le prince la regarda avec une expression attendrie. Il s’approcha d’elle et la prit dans ses bras.

« Et bien Aelianel, que fais-tu ici ? Tu ne devrais pas être auprès de ta préceptrice ?
_ Je lui ai faussé compagnie, la journée était trop belle pour s’enfermer dans une bibliothèque poussiéreuse, tu ne crois pas ?
_ Tu prêches à un converti, petite sœur, mais Mère ne va pas apprécier cette petite entorse à ton éducation.
_ Ca m’est égal. Après tout, je suis avec toi.
_ Ah ah ah, me voici devenu ton excuse !
_ Et oui. Et je compte bien passer cette journée avec toi.
_ D’accord, d’accord, tu as gagné. Mais jusqu’à la quatrième heure après le zénith seulement, j’ai à faire ensuite.
_ Parfait ! »

Et la jeune fille emmena son frère à sa suite en le tirant par le bras, le sourire aux lèvres et la joie de vivre sur le visage.

Retrospective

Comme beaucoup se doutent, avant les dessins que j'expose sur DeviantART, j'ai eu bien d'autres travaux... Alors après une conversation sur un chat o* je sévis, je me suis dit que ça intéresserait finalement pas mal de monde de voir certains de mes vieux boulots...

1992
, avant cherchez pas, ma "moman" a tout gardé pour elle! ;) Mais 1992, c'ets l'année de ma toute première bd. Le dessin est un peu plus qu'un passe temps... Je dessine beaucoup, énormément même, et je rêve que d'une chose: progresser... L'héroïne s'appelle Athina, il y a déjà des loups... Les premières brides d'Elwen se mettent en place. Je passerai 5 ans sur cette BD, à chercher à progresser dans mon dessin et à me faire plaisir. Je dessine tout le temps, n'importe où... Jusqu'en cours de géographie où le prof ne sait plus quoi dire pour me dissuader. J'étais nulle en géo que je suive le cours ou pas, alors... Pour l'anecdote, en 1997, j'ai eu 13/20 au bac, ma meilleure note en 4 ans d'histoire/géo, sans avoir rien suivi de l'année, magnifique, non?)
Une Bd de 4 tomes, pas très jolie et toute au crayon, mais je sais, grâce à elle, que je veux devenir dessinatrice. Après mon bac je file sur Lyon ... A Emile Cohl.



1998, j'ai un an de l'école d'Emile cohl dans les pattes. Je cherche mon style et fais pleins d'essais... Pas toujours très réussis.Voilà deux planches d'essais d'une petite bd que j'ai testée pendant les vacances d'été (en période de cours, pas le temps de faire quoi que ce soit pour moi-même...). Je m'étais inspirée d'une BD que j'avais découverte: le Roi Cyclope d'Isabelle Dethan . Vous n'avez pas les dialogues, mais la petite fille aux cheveux roux s'appelle... Elwen. Et le chevalier, Thalos.
Premices des lectats: ici, il s'agit de Thalos, qui est un lycan et protecteur de la jeune Elwen.



1999,
Emile Cohl encore. Je bosse comme une folle, et au final, je n'ai pas gardé quand chose des travaux de cette année. Mon oeil évoluait plus vite que ma main et je n'aimait pas ce que je faisais dans l'ensemble. Hormis quelques petits trucs par-ci par-là. Exemple cette étude de couverture pour la reine des Damnés d'Anne Rice ou ces quelques platres au fusain.



Mais je préférais déjà mes oeuvres personnelles, imprégnés, voir imbibées de mes influences RPG, manga et héroïc fantasy. Je me mets à jouer au jeu de rôle. Un peu. Je suis pas particulièrement fan des jeux qu'on me propose.

 

Mais je créé alors mon personnage fétiche: Dara Duir. Dara est une voleuse humaine aux yeux verts...



2000,
je suis de manière de moins en moins assidue Emile Cohl dont je me fais renvoyer au deuxième trimestre pour absentéisme... Et ouais... Le programme ne me plaisait pas, j'avais l'impression de plus rien apprendre et je pouvais pas encadrer les profs. Et surtout j'avais découvert photoshop!!! je commence à explorer ce logiciel, surtout par moi-même et je m'éclate à chaque fonction que je découvre. Mes premiers essais sont des colo sur des dessins à la main numérisés.



2001
, je cherche mon style! Et c'est la galère. je dessine pour deux fanzines, très manga, et peaufine peu à peu mon trait mais la colo c'est pas ça -_-Mais je me lance surtout dans un projet assez fou, dessiner toutes les arcanes majeurs d'un jeu de tarot....


2002, je cherche du boulot comme infographiste. Mais le seul post que j'obtiens, je me rend compte que je n'est rien d'une graphiste, je suis illustratrice. Et je tombe enceinte de ma première. Le dessin connait une période de flottement.



Suite au prochain épisode!!!

Quel personnage de D&D Elwen aurait-elle pu être?

Elwen is a Neutral Good Elf Ranger Druid
Elwen est une Rôdeuse Elfe, Druide Neutre Bonne.

Alignment:
Neutral Good characters believe in the power of good above all else. They will work to make the world a better place, and will do whatever is necessary to bring that about, whether it goes for or against whatever is considered 'normal'.
Les personnages Neutre Bon croient en la puissance de la bonté avant tout. Ils s'efforceront de rendre le monde meilleur, et feront le nécessaire pour y parvenir, même si cela va dans le même sens ou contre ce qui peut être considéré comme 'normal'.

Race:
Elves are the eldest of all races, although they are generally a bit smaller than humans. They are generally well-cultured, artistic, easy-going, and because of their long lives, unconcerned with day-to-day activities that other races frequently concern themselves with. Elves are, effectively, immortal, although they can be killed. After a thousand years or so, they simply pass on to the next plane of existance.
Les Elfes sont la plus ancienne des races bien qu'ils soient généralement un peu plus petit que les humains. Ils sont la plupart du temps cultivés, faciles à vivre, ont le sens artistique et ne se sentent pas concernés par les tâches quotidiennes comme le sont fréquemment les autres races.Les elfes sont réellement immortels, bien qu'ils puissent être tués. Après un millier d'année à peu près, ils passent simplement à un autre plan d'existence.

Primary Class:
Rangers are the defenders of nature and the elements. They are in tune with the Earth, and work to keep it safe and healthy.
Les Rôdeurs sont les défenseurs de la nature et des éléments. Ils osnt en harmonie avec la Terre, et travaillent à la garder saine et sauve.

Secondary Class:
Druids are a special variety of Cleric who serves the Earth, and can call upon the power in the earth to accomplish their goals. They tend to be somewhat fanatical about defending natural settings.
Les druides sont une branche spéciale de prêtres qui servent la Terre, et ils peuvent en appeler aux puissances terrestres pour accomplir leur buts. Ils ont tendance à être quelque peu fanatiques qu'en à défendre les lois de la nature.

Detailed Results:

Alignment:
Lawful Good (loyal bon) ---------- X X X X (4)
Neutral Good (neutre bon)--------- X X X X X X X X (8)
Chaotic Good (chaotique bon)------ X X X X X X (6)
Lawful Neutral (loyal neutre)----- X X X (3)
True Neutral (neutre) ------------ X X X (3)
Chaotic Neutral(chaotique neutre)- X (1)
Lawful Evil (loyal mauvais)------- (-4)
Neutral Evil (neutre mauvais) ---- (-3)
Chaotic Evil (chaotique mauvais) - (0)

Race:
Human (humain) ------ (0)
Half-Elf (demi-elfe)- X X X X (4)
Elf (elfe) ---------- X X X X X X X X X X X X (12)
Halfling ------------ (-5)
Dwarf (nain) -------- (-1)
Half-Orc (demi-orc) - (0)
Gnome (gnome) ------- X (1)

Class:
Fighter (combattant) - (-2)
Ranger (rôdeur) ------ X X X X X X X X X X X (11)
Paladin -------------- X (1)
Cleric (prêtre) ------ (-1)
Mage ----------------- (-2)
Druid (druide) ------- X X X X X X X X X X (10)
Thief (voleur) ------- (-3)
Bard (barde) --------- X X X X (4)
Monk (moine) --------- X X X X X X (6)



Find out What D&D Character You Are, courtesy of Zinious Software corporation


Fan art d'Elwen par Naphartiri

C'est le deuxième fan art qu'on fait d'Elwen, et celui-ci était une vraie surprise à laquelle je ne m'attendais mais alors vraiment pas. Elle a été réalisée sous illustrator, en image vectorielle par Naphartiri, une jeune femme de (presque) 18 ans des Emirats Arabes Unis. (Thanks again Naphartiri )




La galerie deviantART de Naphartiri : http://naphartiri.deviantart.com

L'enfant des Loups (part 3)

... Suite et fin du chapitre 1.


Quand elle rouvrit les yeux, elle était étendue à même le sol dans un endroit sombre et inconnu. Elle voulu se redresser mais le mouvement réveilla une vive douleur et elle retomba au sol. Elle se sentait mal, avait envie de vomir. Elle se roula sur le dos et regarda au-dessus d’elle. Il y avait un plafond de poutre et de stuc. Elle tourna alors lentement la tête à droite puis à gauche et réalisa qu’il y avait des murs tout autour d’elle. Prisonnière. Elle ouvrit de grands yeux agars et commença à sentir la crainte monter en elle. Elle tenta de se remémorer ce qui s’était passé, mais c’était encore trop flou dans son esprit et elle avait comme des mains invisibles qui enserraient son crâne. Elle s’assit. Et remarqua alors qu’à l’une de ses chevilles, on avait fixé une chaîne. Instinctivement, elle la saisit et commença à tirer sur cette entrave. D’abord calmement, puis de manière de plus en plus paniquée. Elle en vint à tirer comme une bête furieuse, puis à tenter d’user le métal de ses dents. Peine perdue. Elle ne se fit que d’avantage de mal. Elle abandonna la chaîne et se mit à arpenter la pièce close de long en large, cherchant une issue. C’est là qu’une lumière aveuglante inonda sa prison. Elle se recroquevilla dans un coin, plissant les yeux et protégeant son visage de son bras.

« Réveillée ? J’ai cru que tu ne reviendrais jamais à toi. »

Dara, effrayée, ne comprit pas tout ce que lui disait cette voix. C’était le langage des hommes et cela faisait longtemps qu’elle ne l’avait pas entendu ou utilisé. Elle se mit à grogner.

« Décidément, tu continues à te prendre pour une louve. »

Dara fronça les sourcils, oubliant sa peur et reprenant le contrôle d’elle-même. Elle connaissait cette voix. Elle avait un peu changée, était plus grave mais, c’était bien la même voix. Elle se remit à grogner, mais elle était plus menaçante.

« Calme-toi. Personne ne t’entendra ici. Et si je vais chercher les villageois, tu risques de ne pas apprécier la rencontre. Ils ont un compte à régler avec toi, Dara. Mais rassure-toi, ils ne savent pas encore que tu es là.

_ Naïlin ?

_ Je vois que tu ne m’as pas oublié.

_ Naïlin a frappé Dara ?

_ Oui, c’est moi. Tu ne m’aurais pas suivie autrement. Je me trompe ? Tu m’aurais même sûrement attaqué.»

La jeune fille se calma un peu, frottant sa tête endolorie, mais son regard restait noir. Elle essayait de distinguer les traits de son interlocuteur qui se cachait dans la lumière. Elle finit par se redresser pour lui faire face, même si le visage de l’humain restait difficile à distinguer.

« Pourquoi ?

_ Parce que je ne voulais pas te voir disparaître à nouveau. Deux ans que j’attends chaque nuit que tu réapparaisses pour venir chercher ça. »

Il lui lança la fourrure froidement aux pieds. Dara s’agenouilla aussitôt pour la prendre dans ses bras. Elle ne comprenait pas ce qui avait poussé Naïlin à faire cela. C’était incompréhensible pour elle. Mais après tout, tout avait commencé à cause de lui.

« Pourquoi ?

_ Pourquoi ? Je pensais que tu l’aurais deviné. Je voulais que tu comprennes ce qui s’est passé il y a deux ans. Tu m’as abandonné.

_ Toi dire moi sorcière au village !! Eux vouloir tuer Dara !

Naïlin se tut un instant, fixant Dara qui le regardait avec une colère et une rancœur bien mises en évidence. La jeune fille avait toujours la fourrure serrée contre elle. C’est alors que Naïlin s’approcha d’elle et lui prit le poignet, lui faisant lâcher « Lenka » par son geste. Dara le repoussa violemment. Et l’examina. Il était dans la pénombre à présent, comme elle, et elle pu voir son visage. Il avait changé. Il n’avait plus rien d’un adolescent, et ressemblait à un homme à présent. Un homme que les travaux des champs et le labeur de la ferme avaient sculpté, à la peau teintée par le soleil. Mais il avait toujours ses troublants yeux verts. Dara en les voyant se radoucit. Et serra ses bras autour d’elle comme pour se protéger. Naïlin la regardait avec une expression désolée.

« Je n’ai jamais voulu ça. Je ne t’ai jamais traitée de sorcière. Je leur ai juste raconté ce qui s’était passé chez Timnah. Quand elle est morte. Pourquoi l’as-tu tuée ? Que lui as-tu fais ?

_ Dara pas tuer Timnah !! Dara aimer Timnah. Dara … pas avoir… sauver. Dara pas connaître bonnes plantes pour ça.

_ Tu voulais la sauver ?

_ Oui !!! Dara aimer Timnah… Dara aimer Timnah. Pas mal. Pas mal à Timnah.

_ Et ce qui s’est passé ensuite ? Tu vas me faire croire que c’était pour son bien ? Tu as détruit sa maison ! Dara, tu l’as tuée.

_ Nooon. »

Dara se mit alors à avoir l’angoisse qui lui enserrait la gorge. Elle n’arrivait même pas à exprimer réellement ce qu’elle savait. Elle ne parlait pas assez bien. C’est d’ailleurs ce qui l’avait perdue il y a deux ans, ce qui avait perdue Lenka. Dara tremblait sous l’émotion et les larmes lui montaient aux yeux.

« Timnah déjà morte. Dara triste, trop triste. Puis ça arriver.

_ Ca ? Une gigantesque vague de vent a tout détruit. Je le sais, j’ai tout vu ! C’était de la magie. Une magie terrifiante qui a tout détruit en un instant. »

Dara était à présent tétanisée. Elle-même ne pouvait donner une explication à ce qui s’était passé. Elle ignorait ce qu’était la magie. C’était quelque chose qu’elle n’avait jamais vu et encore moins étudié. Mais ce qui s’était passé après la mort de Timnah, Dara ne pouvait en donner l’explication. Elle ne savait même pas que c’était elle qui avait fait cela, dans sa peine, dans sa douleur. Elle ignorait ce qui l’avait provoqué. Seulement, Naïlin avait tout vu. Il en avait parlé au village et les gens avaient pris peur. Car comme Dara, ils avaient peur de ce qu’ils ne comprenaient pas. Ils l’avaient capturée, ramenée de force au village, maltraitée et battue. Ils l’avaient accusée de ce mot : sorcière. Dara ne savait même pas ce qu’il signifiait. Mais une sorcière devait être un prédateur très dangereux pour qu’on le traite ainsi. Dara n’avait jamais compris. Elle n’avait que subit leur châtiment. Et la meute était venue la sauver de leurs griffes, alors qu’ils s’apprêtaient à la brûler vive. C’est lors de ce sauvetage que Lenka était restée en arrière. Pour la protégée, pour ralentir les humains…

Dara se tint brusquement la tête, entendant à nouveau de cri d’agonie de Lenka, entendant le hurlement de colère de Kern, sentant son corps blessé se laisser porter sur le large dos du loup géant dans une course folle.

« Dara pas connaître magie ! Dara pas sorcière ! Dara juste triste… Dara juste colère… »

Elle releva la tête et vit que Naïlin était à présent face à elle. Il la regardait avec une expression étrange. Il tendit une main vers elle.

« Pourtant de la magie, c’est ce que tu as utilisé. Et j’ai voulu les arrêter. Je te le jure. Mais ils m’avaient enfermé ici. Ne voulant pas me laisser agir et tenter de te sauver. Dara… Ils disaient que tu m’avais ensorcelé moi aussi, que j’étais devenu ton pantin. Dara… Alors que… Dara. »

Elle voulu se reculer devant cette main tendue, mais le mur derrière elle l’en empêcha.

« Alors que je n’avais fait que t’aimer Dara. Nous étions que des gamins. Je ne voulais pas qu’ils te fassent du mal. Et quand j’ai parlé de ce qui s’était passé, je pensais que tu avais besoin d’aide. Sinon, je n’aurai rien dit. »

Il s’approcha encore un peu d’elle et ses doigts finirent par effleurer sa joue encore crasseuse. Dara avait un regard perdu, elle ne savait que penser que dire. Elle n’était même pas sûre de bien comprendre tout ce qu’il lui disait. Elle ne sentait que ses doigts qui la touchaient. Et ce contact la perturbait. Elle ne savait pas si elle voulait fuir, le frapper ou bien le laisser continuer.

« Naïlin pas avoir sauver Dara.

_ Non, je n’y suis pas arrivé. Je n’avais que 15 ans, Dara. Contre un village tout entier. Je n’ai rien pu faire… Pardonne-moi. J’ai tout gâché.

_ Gâché ? Dara pas comprendre gâché.

_ J’ai fait une grosse erreur et je suis triste de l’avoir fait. »

Dara sentit son cœur se mettre à battre trop fort. Comme par le passé. Dara n’avait jamais compris pourquoi son cœur battait comme quand elle avait couru, juste parce qu’il était près d’elle. Et ça recommençait. Elle se mit à trembler submergée par trop d’émotions qu’elle ne maîtrisait pas. Alors, sentant qu’elle perdait le contrôle d’elle-même, elle repoussa Naïlin violement et fila à l’autre bout de la pièce. Elle ne dit rien, ne trouvant les mots dans la langue des hommes pour dire ce qu’elle voulait. Naïlin le regarda. Et son seul regard finit de paniquer Dara. Il n’avait jamais eu ce regard pour elle. Mais elle su d’instinct que cela n’annonçait rien de bon. Elle se remit à tirer sur sa chaîne et à crier. Naïlin s’était approché.

« Tu ne me pardonneras jamais, n’est-ce pas ? Je suis le traître qui t’a dénoncée au village. Mais je sais ce que j’ai vu. Et c’est bien toi qui as utilisé ce sortilège. Et je t’ai vu t’effondrée inconsciente sur le sol. J’ai cru que tu étais morte Dara !!

Dara se ressaisit. Les paroles de Naïlin et son regard étaient en contradiction. La jeune fille sentit que quelque chose clochait. Elle ignorait quoi, car ni les animaux ni elle ne savaient ce qu’était le mensonge. Mais Dara n’en fut pas dupe pour autant. Elle se remit à grogner.

« Naïlin plus parler. Naïlin dire chose étranges avec ses mots et dirent autres avec ses yeux. »

Le jeune homme se figea une seconde. Il était démasqué. Oui, il lui avait menti. Car c’était bien lui qui l’avait traitée de sorcière et avait monté le village contre elle. Il la toisa alors de toute sa taille et l’examina froidement. Puis il se dirigea vers la porte. Dara se sentit soulagée qu’il s’éloigna, pensant être enfin débarrassée de lui. Mais il ne fit que fermer la porte. S’enfermant avec elle. Puis il s’approcha d’elle d’un pas décidé. Dara ne savait comment réagir et elle le fuit tant bien que mal, entravée par la chaîne.« Bien, je crois que ça n’est plus la peine de jouer la comédie. Oui, c’est moi qui t’ai dénoncée. »

Dara ouvrit de larges yeux. Elle venait d’apprendre ce qu’était le mensonge. Et qu’elle détestait déjà cela. Il n’y avait que les humains pour croire qu’ils pouvaient dire des choses que leur corps contredisait. Dara était furieuse. Elle avait toujours considéré Naïlin comme le déclencheur de cette histoire, pas le responsable. Elle en fut profondément déçue.

« Pourquoi ?

_ Parce que tu m’as repoussé. Je t’aimais Dara. Je te trouvais si belle. Si différentes des autres filles du village ou des environs. Et quand je t’ai dit ce que je ressentais, tu n’as rien dit. Tu es partie sans un mot, sans un signe. Rien. Tu m’as juste laissé. Ca m’a brisé le cœur. »

Dara le regarda avec un regard interrogateur. Elle ne comprenait pas de quoi il voulait parler. Elle ne sut que répondre et resta à le regarder en silence.

« Et tu continues ! J’ouvre mon cœur et tu ne dis rien. Qu’es-tu donc ? Qu’as-tu à la place du cœur ? »

_ Ouvrir son cœur ? Repoussé ? Comment Naïlin vivant si cœur ouvert ? Dara pas repoussé Naïlin. Naïlin pas son ennemi…

_ … »

Naïlin resta muet. Elle n’avait tout simplement pas compris ses mots mais pour lui, elle se moquait, elle ne pouvait que comprendre. Tout le monde connaissait l’amour, les sentiments, la séduction et les mots qui s’y rapportaient. Il ne comprenait pas que Dara avait un tout autre langage pour cela. Celui des gestes et du corps.

« Ne te moque pas de moi ! Je t’aime Dara !

_ Dara aussi aimer Naïlin. Mais Naïlin trop étrange. »

Leurs cultures trop différentes avaient créé un fossé invisible dans lequel les deux anciens amis étaient tombés sans le savoir. L’un croyant comprendre l’autre. Alors que même sur ces deux dernières phrases, ils étaient dans l’erreur. Naïlin était tombé amoureux de Dara, il y a avait de cela plusieurs années. Alors que Dara n’avait jamais vu en lui qu’un frère, comme deux louveteaux nés de la même portée. Tous les deux s’aimaient oui, mais de manière trop différente. Et ce qui suivit ne fut qu’une conséquence de plus de leur incompréhension.« Je suis étrange parce que je ne sais plus que faire. Je t’aime. Je t’aime depuis trop longtemps. Et j’ai fait des erreurs d’avoir cru que tu ne m’aimais pas. »

Dara se sentit soudain soulagée. Elle s’approcha même de lui. Et à son tour, imitant son geste, elle posa ses doigts sur sa joue. Naïlin leva alors des yeux surpris. Surprise qui se transforma très vite en une joie silencieuse. Dara fut contente que son simple geste le réconforte. Mais Naïlin ne se contenta pas de cette simple caresse. Croyant à présent son amour partagé, il se jeta presque sur elle, entourant son visage de ses mains et embrassa presque avidement ses lèvres. Dara se figea de stupeur, écarquillant les yeux et son corps se paralysant. Sans réfléchir, comme un automatisme, elle faucha alors les pieds du jeune homme avec un mouvement de balayette de son pied droit. Il finit au sol avant même de comprendre ce qui lui arrivait.

« Naïlin fou ? Pourquoi manger Dara ? »

Naïlin la regarda complètement incrédule. D’abord prêt à s’énerver de s’être fait mettre à terre, il éclata simplement de rire. Dara le regarda un sourcil levé. Elle avait bien sûr vu des humains rire. Elle aussi riait parfois. Mais pas après avoir été frappée.

« Naïlin fou.

_ Non, Dara. Non, je ne suis pas fou. »

Il mit une bonne minute à se calmer. Il resta assis au sol, les jambes croisées et les mains sur les genoux. Un sourire amusé aux lèvres.

« Non, je ne veux pas te manger. C’est comme ça que les humains montrent qu’ils s’aiment.

_ Humains bizarres. »

Naïlin rigola de plus belle. Oubliés les souvenirs sinistres, le passé noir. Ils étaient à nouveau comme par le passé. Trop proches… Naïlin invita de la main Dara à venir vers lui. La jeune fille se mit à marcher de droite et de gauche, nerveusement, ne sachant que faire.

« Je ne te veux aucun mal Dara. Je veux juste d’avoir contre moi. Et te montrer que je t’aime.

_ Comme humains faire ?

_ Oui. »

Dara fit une moue perplexe puis s’approcha finalement de Naïlin. Après tout, il était au sol, en dessous d’elle, en position de soumission chez les loups. Dara pensa alors qu’il la considérait comme chef et demandait un peu de reconnaissance. Dara n’y vit aucun mal. Elle le regarda et sans s’agenouiller, elle se pencha pour venir à son tour « manger » ses lèvres. Elle trouva cela agréable cette fois. Comprenant à présent pourquoi les humains faisaient cela. Naïlin lui se laissait faire, trop heureux de la voir accepter. Cependant, le baiser se prolongea et Dara sentit une chaleur étrange l’envahir. Quelque chose qu’elle n’avait jamais ressentit et qui le troubla au plus haut point. Elle se recula soudain. Aucun contact avec les loups n’avait provoqué cela chez elle. Elle voyait Naïlin face à elle, toujours assis et souriant à sa réaction. Elle sentait quelque chose dans son ventre, comme un cri de son corps, et, lui, il souriait. Elle n’y comprenait plus rien. Cela lui faisait peur et en même temps cette chaleur commençait à lui tourner la tête. Elle se recula d’un pas, avec les bras croisés devant elle dans un geste instinctif de défense. C’est Naïlin qui devant son trouble saisit sa main et la ramena lentement vers lui.« N’ai pas peur.

_ Dara bizarre, ici.»

Elle montra son ventre. Naïlin la dévora alors des yeux. Elle était nue devant lui, et seuls ses longs cheveux noirs couvraient par endroits sa peau.

« C’est normal. Les femmes peuvent ressentir cela quand elles embrassent. Ca veut dire que tu aimes que je t’embrasse.

_ Pourquoi ? »

Naïlin se sentit un peu désarmé. Elle ne savait rien. N’avait jamais connu d’homme, ni même de désir. Mais elle ne se refusait pas. Il était aux anges. Il l’invita alors à venir contre lui. Dara, d’abord méfiante, se laissa faire. C’était une coutume étrange pour elle. Ne ressemblant à rien de ce qu’elle connaissait. Pourtant elle était curieuse d’en savoir plus. Naïlin, passa alors une main dans sa lourde chevelure de jais.

« Je ne sais pas pourquoi. C’est comme ça. Viens, je vais te montrer d’autres manières de montrer son amour.

_ Non, Dara montrer aussi. Comment loup faire.

_ Comme les loups ? Je ne sais pas. Si tu veux après tout. Tu ne vas pas me mordre hein ? »

Dara se contenta de sourire. Mais elle réalisa alors qu’elle avait toujours sa chaîne. Elle tira un peu sur l’entrave de métal en la montrant à Naïlin. Celui-ci comprit et sortit une clé de sa poche. Il la glissa dans la serrure et Dara sentit un grand poids disparaître de sa cheville.

« Pardonne mon geste. Je ne savais vraiment pas comment tu réagirais si je t’avais simplement parlée. Allez, viens, montre-moi comme les loups aiment. »

Dara se jeta alors sur lui et le fit basculer au sol, le faisant rouler au sol avec elle. Elle se redressa ensuite, ravie et les cheveux en bataille avant de venir lui mordiller le cou. Naïlin n’avait rien vu venir et resta incapable de savoir quoi faire. Dara sautilla en arrière, jouant comme un louveteau. Naïlin se laissa d’abord faire, mais le jeu innocent de Dara ne l’était pas du tout pour lui. Il se redressa et s’avança avant de venir faire rouler Dara au sol, comme elle l’avait fait elle-même, mais lui, la bloqua sous lui. Pour Dara, tout ça n’était qu’un jeu jusqu’à cet instant précis. Elle se sentit en position de faiblesse. Sur le dos, sous Naïlin, c’était le signe qu’il voulait lui imposer son rang. Dara le regarda d’abord avec de l’incompréhension dans le regard puis avec de la méfiance.

« Naïlin lâcher Dara.

_ Non. Je n’ai pas envie de te laisser partir. Pas plus maintenant que tout à l’heure.

Dara lui lança un air de défi car elle se savait être la dominante de sa meute et ne comptait pas se laisser humilier ainsi. Elle lui mordit la main jusqu’au sang. Naïlin retira sa main en criant.

« Folle ! Mais enfin qu’est-ce qu’il te prend !! »

Dara profita du mouvement réflexe du jeune homme pour sortir de son étreinte. Elle se remit sur pied et se planta face à lui, à nouveau plus haute que lui. Naïlin sentit la colère monter en lui, car il pensait que Dara se moquait à nouveau de lui. Il la fixa. Et sans prévenir se jeta sur elle. Dara tenta de l’esquiver, mais n’y parvint pas et se retrouva ceinturée. Sous sa force et le poids de son corps, Naïlin la fit tomber lourdement au sol. Dara se sentit tomber, sans pouvoir résister et une fois à terre, se mit alors à s’agiter pour le repousser. En vain. Naïlin n’était plus maître de lui-même et il se mit à la caresser sauvagement, à l’embrasser, à toucher ce corps qui jusque là, lui avait été interdit. Dara se mit à paniquer et à crier.

« Je te l’ai dit, personne ne t’entendra. Aller, laisse-toi faire.

_ Nooon, Naïlin, non ! »

Mais il ne l’écoutait pas et ses gestes firent monter en Dara une panique irraisonnée. Ses mains et ses lèvres parcouraient à présent avidement sa peau, son cou, sa gorge, ses seins tandis qu’elle se débattait comme une vraie diablesse. Mais rien à faire, plus elle se débattait, plus Naïlin semblait perdre l’esprit. Et à nouveau cette chaleur qui l’envahissait, incontrôlable et qui la répugnait à présent. Peu à peu, il vint plaquer son bassin contre le sien. Ce geste, Dara le comprit. Horrifiée de réaliser que Naïlin voulait la faire sienne comme une vulgaire louve esseulée, c’est de plus belle qu’elle se débattit.

« Non, Naïlin, non. Dara pas vouloir, Non.

_ Tais-toi, ça ne sert à rien. C’est ainsi que les hommes aiment. Je te veux Dara. Depuis trop longtemps ! »

Dara hurla alors à la mort, tentant de le griffer et de le mordre, mais il avait bloqué ses bras au sol. Se battre contre les loups, elle savait faire, connaissant leurs points faibles. Mais les humains, elle ne les avait jamais approchés d’assez près pour savoir où frapper. Alors elle se débattait comme elle pouvait, paniquant à chaque instant un peu plus…

Naïlin lui faisait à présent bien plus peur que bon nombre de dangereux prédateurs des bois. Elle sentait le souffle haletant de celui qu’elle voyait à présent comme un adversaire, sentait aussi son haleine et ses mains. Tout cela la répugnait de plus en plus, la rendant à moitié démente. Mais la vie dans les bois lui avait forgé bien plus de force de caractère qu’elle ne l’aurait cru et après la peur instinctive, c’est le caractère froid, calculateur et implacable de la louve acculée qui l’envahi tout à coup. Elle cessa de se débattre et fixa Naïlin avec toute la haine qu’elle était capable de ressentir. Elle se mit à grogner, et à montrer ses dents comme un loup aurait montré des crocs. Lui, la sentant tout à coup différente, tourna son attention vers son visage, se redressant un peu.

« Tu n’impressionnes personne, Dara. Tu devrais te calmer et apprécier le moment. Tu vas voir, je t’assure que tu vas aimer.

Elle lui répondit que par un grognement plus marqué. Il glissa alors les deux poignets de Dara dans une seule de ses mains, toujours en les plaquant contre le sol poussiéreux. Elle, elle se laissa faire, attendant maintenant une ouverture. Il déposa alors sa main libre le long de la joue de Dara, une main caressante, avant de la descendre d’avantage. Sur son sein, son ventre, il en vint à la mener jusqu’à la lanière qui tenait son pantalon. Dara sentit qu’elle avait sa chance, dans cette sorte de calme tendu. Elle le laissa faire sans le quitter une seule seconde des yeux. Elle ne bougeait plus mais ses muscles étaient détendus. Naïlin ne parvint pas à défaire la lanière sans baisser les yeux pour voir ce qu’il faisait. Et l’attaque fut alors fulgurante. Dara projeta sa tête en avant et vint mordre l’épaule offerte de Naïlin. Elle le mordit avec une telle violence que le sang lui gicla à la figure, mais ça, elle n’en avait que faire. Son attaque prit tellement le jeune homme au dépourvu qu’il lâcha sans réfléchir l’emprise qu’il avait sur elle, criant déjà sa douleur et s’éloignant d’elle. Les mains libres, Dara saisit alors les fers qui entravaient sa cheville quelques instants plus tôt et qui reposaient au sol non loin d’elle pour frapper Naïlin de toutes ses forces avec le lourd morceau de métal. Naïlin fut projeté au sol et son corps resta inerte aux pieds d’une Dara déjà débout, le souffle court et les muscles tremblants sous la violence de ce qu’elle ressentait. Sans savoir le pourquoi de ce geste, plus humain que loup, elle cracha sur ce corps immobile. Et laissa la chaîne ensanglantée retomber lourdement sur le sol.

« J’aurai du me méfier. Les Hommes sont bien tous les mêmes. Et toi Naïlin, tu es peut-être le pire de tous. Je sais à présent que ma place n’est pas parmi vous. Je suis une louve et je le resterai jusqu’à ma mort. Plus aucun Homme ne me touchera. Je le jure sur le disque blanc nocturne de la Terre-Mère. »

Elle eut alors un soupir de soulagement et regarda autour d’elle. Il y avait la peau de Lenka qui traînait dans la poussière. Elle la ramassa alors vivement et sans un regard en arrière, elle ouvrit la porte de sa cage, lentement, inquiète de ce qu’elle trouverait derrière. Mais elle ne vit qu’un champ en jachère, bien éloigné du village qu’on apercevait à peine en contrebas. Le soleil allait se lever sur les cimes des arbres qui bordaient le lieu. Elle glissa à l’extérieur du cabanon et referma la porte derrière elle, abaissa sans aucune hésitation la lourde barre de bois qui la loquait.

« Ce sont les créatures abjectes comme toi qu’on doit enfermer, Naïlin. Mais au moins maintenant, je n’ai plus aucun regret. J’avais raison depuis le début, aucun humain ne vaut qu’on s’y intéresse. »

Et elle partit en courant à travers les herbes hautes, la fourrure de Lenka fermement serrer dans ses bras. Elle ne sut pas vraiment pourquoi, mais elle sentit qu’elle avait la mâchoire crispée et les larmes au bord des yeux. Ce fut la dernière fois que Dara, la femme louve, fut vue à l’extérieur de la forêt de Talinn.

Salky s’était approchée de Kern d’une démarche lente, entravée par les jeux de ses louveteaux. Le matin était jeune et les loups adultes qui avaient chassés une bonne partie de la nuit se reposaient à présent, pendant que les jeunes s’éveillaient autour de leur mère. Kern n’était pas parti chassé cette nuit-là. Il s’était contenté de ramener un daim, que la meute avait dévoré sans hésitation. Salky s’était assise à côté de lui, le sentant songeur.

«Peut-on savoir le pourquoi de ton silence ? »

Kern tourna la tête vers la louve blanche pour replonger ensuite son regard vers l’étendue de verdure qui s’offrait à leurs regards en ces premières heures du jour.

« Dara n’a toujours pas fait le deuil de Lenka. J’ai peur qu’elle ne finisse par faire une bêtise.

_ … Et qu’elle retourne au village des Hommes ?

_ Oui. Où qu’elle ne parte plus loin encore.

_ Et où serait le mal. Les loups aussi quittent un jour la meute pour en former une autre. Tu ne veux donc pas qu’elle trouve sa place et qu’elle apprenne à être adulte ?

_ Bien sûr que j’aimerai qu’elle trouve sa voie. Et sa voie sera parmi les Hommes, un jour où l’autre, elle devra le comprendre. Mais en même temps, qui sait quels dangers qui la guettent à aller sur leurs terres. Elle ne doit pas quitter notre territoire. Elle est aujourd’hui devenue trop louve pour pouvoir vivre chez les hommes.

_ Avoue que c’est ce que tu as toujours voulu.

_ C’est faux !

Kern regarda alors Salky avec une colère mal contenue. Puis croisant le regard doux de la louve géante, il se radoucit. Elle aussi était devenue un peu comme sa fille… Et il traitait Dara et Salky avec la même affection.

_ C’est faux, mais c’était ce que souhaitait Lenka par contre. Elle me le répétait souvent. Que Dara ne devait pas quitter Talinn, jamais. Et je faisais confiance à son jugement, surtout que je sais que le monde de l’extérieur sera dur et impitoyable pour Dara. Elle ne pourrait pas y être heureuse et en sécurité. Elle est encore trop jeune.

_ Trop jeune ? Même pour une humaine, elle n’ai plus tout à fait une enfant.

_ Elle… C’est différent.

_ Différent en quoi ? Tu es surtout trop protecteur. Ne l’étouffe pas trop où elle finira par s’envoler.

_ Ca n’a rien à voir. Elle est trop jeune, c’est tout.

_ Têtu comme le chêne face à la tempête. Fais comme tu veux, tu es son père, mais écoute l’avis d’une jeune louve. La curiosité la poussera sur ce chemin inconnu. Un jour, elle voudra en savoir plus.

_ Moi, je ne crois pas. »

C’est une troisième voix qui s’était élevée derrière eux. Dans la lumière pâle du matin, Dara se tenait debout, la peau de Lenka sur l’épaule. Elle avait le visage dur et fermé, trahissant les stigmates de cette nuit éprouvante. Elle posa la précieuse fourrure au sol, la caressant encore une fois.

« On quitte ce territoire, dès aujourd’hui. Lenka est à nouveau avec nous, nous pouvons partir vers le cœur des bois, loin des Hommes et de leurs terres. »

Les deux loups l’examinèrent avec étonnement avant de se regarder l’un l’autre. Kern s’avança alors vers la fourrure, d’un pas un peu lent et que l’émotion rendait hésitant. Il leva le museau vers Dara qui debout le fixait avec une étrange lueur au fond des yeux. Kern sentit qu’il s’était passé quelque chose, mais sentit également qu’il ne fallait mieux rien demander. Elle était en vie, c’était le principal. Il s’avança sous un regard presque fixe de Dara et glissa alors le bout du museau dans la fourrure blanche avec une émotion palpable. Aucuns mots ne furent échangés durant un long moment, autour de cette dépouille si belle et si macabre.

Le soir même, les Loups Géants disparurent de la région de Kalaag. Telles des ombres furtives et fantomatiques, ils s’enfoncèrent en file indienne dans les tréfonds de Talinn, dans cette partie de la forêt où aucun humain n’osait s’aventurer. Dara ferma leur marche et sans un regard en arrière, menant sa meute loin de tout ce qui lui rappelait les humains.

Y' a des jours comme ça...

Il est de ces matins où l'on se dit qu'on aurait mieux fait de rester au lit, mais on a pas toujours le choix. Pas que des catastrophes me soient tombées sur le coin du nez, non, mais quelque chose de plus insidieux. J'ai envie de rien, je me sens vaseuse, j'ai la nuque raide et douloureuse, un sentiment d'inutilité... Bref, un matin de déprime. Après pourquoi? Ca c'est une bonne question... Y'a une foule de raisons et en même temps aucune vraiment précise. En fait si, il y en a une, une seule, la seule... Et quand j'y pense j'ai envie de pleurer car j'ai beau relever la tête et avancer, j'ai une blessure béante qui ne veut pas se refermer. Et ce matin, je n'arrive pas à relever la tête. Je repense à ce qui s'est passé il y a tout juste un mois et ce matin, j'ai aucune envie de lutter pour me relever... Mais il le faudra bien. Je n'ai pas le choix. J'ai les larmes aux bords des yeux...
Allez debout ma fille... Demain ça ira mieux.
Après tout à quoi ça sert de se morfondre? Ca ne changera rien à ce qui s'est passé. Et j'aurai tellement voulu que les choses se passent autrement. Pourquoi ai-je tant tarder à dire ce que j'avais sur le coeur? Ironie du sort? Acte manqué? Peur? Je n'ai jamais eu beaucoup de chance dans ce domaine...
Bon, je vais aller m'abrutir sur mon illustration, la musique à fond dans les oreilles et un noeud dans la gorge.
Aller, demain ça ira mieux.

Sinon, merci pour vos commentaires de soutien vis à vis de mon "altercation" avec DeviantART, ça fait du bien. Depuis j'ai enfin eu une réponse de l'help desk de DA (4 jours après...). Bref, ils m'ont rapidement expliqué qu'ils avaient établi une règle selon laquelle, toute pose "sexuelle", hormis avec des personnages habillés, était proscrite. Ok, si c'est une règle établie je la respecte, mais il n'en reste pas moins que leur système marche grâce à la délation, comme la gestapo! Et leur note automatique est d'un froid et d'un tranchant glacial. Je peux comprendre que certains abusent et dénigrent les règles volontairement. Mais quand c'est par ignorance, ce genre de texte tombe comme un couperet denué de respect et d'humanité...
D'ailleurs en parlant de respect, j'ai su qui avait dénoncé mon illustration: cette américaine, dont je tairais le nom, clame suivre et aimer mon travail depuis longtemps! Et pour le prouver au lieu de me contacter pour me dire que ma deviation brisait les règles de DA, par une simple note, elle est allée pleurer directement chez les administrateurs: belle preuve de respect, n'est-ce pas? (Grrrr) Et quand je lui ai posé la question, elle a répondu qu'elle savait que ça allait provoquer une conversation inutile et stérile parce que j'aurai refusé de retirer mon image à sa simple demande... Cette fille ne me connait vraiment pas. Mais plutot que d'agir en adulte, c'est tellement plus facile d'aller se plaindre comme un bébé auprès des Admin. Affligeant...
Cette fois, j'arrête d'y penser. De déprime et vais finir par me mettre en colère. Parce que cette image était liée à ce qui s'est passée il y a un mois et que deux coups de poignards en plein coeur à un mois d'écart, ça fait mettre un genou à terre... Fichue journée.

Deviantart? non, Deviantbusiness oui!

Ce billet est un coup de gueule pur et simple.
Samedi, j'ai reçu une note automatique sous Deviantart, site où je possède une galerie de mes travaux. Voici le contenu de la note privée que j'ai reçue:

VyrL,

An administrator has removed your 1 deviation as being a violation of official deviantART policy.

Title: In shadowy light of a new dawn
URL: [link]
Submitted: 2007-03-24 6:43:08 am

Your 1 deviation may have been judged to be:
&nbps; 1. Racist, or bigoted.
&nbps; 2. Anti-Semitic or other otherwise directly offensive to a philosophy or religion.
&nbps; 3. Directly insulting to an individual or group.

Alternatively it may have featured:
&nbps; 1. Underage nudity.
&nbps; 2. Sexual acts or “adult toys”.
&nbps; 3. The gratuitous display of genitalia.
&nbps; 4. Real life self-mutilation or injury.

It is also possible that the content of your deviation did not match one of the above suggested reasons but was still judged to be in violation of one or more of our policies. If you routinely submit offensive content you may have your account suspended for a period of time or banned.

If you feel this removal was in error, or have questions regarding it, then please visit the deviantART Help Desk in order to submit a Policy Violation Inquiry. Be certain to include the above link and title of your deviation in your inquiry for a prompt response.

Please do not reply to this note as it is an automated process and will not be answered and please do not bring these issues into the Forums or other areas of deviantART.

Thank you,
deviantART staff

Après avoir lu ça, je me suis précipitée sur ma galerie pour découvrir que mon image avait été bel et bien supprimée sans préavis. J'étais outrée! Car pour cette image, d'un couple nu enlacé et s'embrassant, j'avais utilisé un filtre de Deviantart, appelé "Mature content". Ce filtre est là pour avertir qu'une image n'est pas tout public.
J'ai alors publié un billet dans mon journal pour avertir les gens qui appréciaient cette image qu'elle ne leur serait plus accessible car censurée par le Staff de DeviantArt. Les réactions ont été très vives, car ceux qui connaissaient cette illustration on été outrés qu'on la censure comme une vulgaire image pornographique, chose qu'elle n'était pas!! Sensuelle oui, pornographique, jamais!!

Et la polémique grandissant, j'en ai lu des vertes et des pas mûres. Pour ceux qui comprennent l'anglais, je vous propose d'aller voir ce qu'on posté certains sur le forum de DeviantArt suite à mon journal, qui a fait la première page du site pour sa popularité (je m'en serai bien passé) : page du forum

J'avais annoncé que je supprimerai cette page de journal suite à la réponse du staff de DeviantArt, auquel j'ai demandé un deuxième avis. Je l'ai finalement supprimé, écoeurée et désabusée. Et sans réponse du staff qui malgré leur promesse de réponse sous 48 heures!! Je trouvais leur manière de procéder totalement humiliante et dénuée de sens humain. Je demandais juste quelque chose de moins impersonnel, mais j'ai pu voir que ce site n'a rien d'artistique. C'est qu'un business qui n'a aucune considération pour les artistes qui y sont inscrits. C'est une véritable honte. J'ai donc pris ma décision, je vais créer mon propre site. Je mettrai donc l'intégralité de mon oeuvre et les grandes versions uniquement sur ce site personnel. Et je garderai mon compte DeviantArt avec des aperçus de petites tailles des travaux déjà existants, et mettrais mes nouveautés en petit aperçus avec un lien avec les grandes versions de mon site (enfin pas toutes mes oeuvres... seulement les politiquement correctes). Et je supprimerai mes prints après avoir averti mes fans. DeviantArt se sert de moi pour se faire du fric, je vais me servir de DeviantArt pour continuer à me faire connaitre.

J'avais une vision utopique de ce site. J'ai réalisé que je me trompait énormément...


L'image incriminée: aperçu ( avec version intégrale en lien sur l'image pour + 18 ans uniquement )

L'enfant des loups (part 2)

(suite du chapitre 1 - Dara)

Kalaag était un village isolé, à moins d’une heure de marche de la frontière nord du territoire des loups. Les habitants y étaient peu nombreux, pas très instruits et superstitieux, évitant le plus possible de venir dans la forêt qu’ils pensaient maudite. Dara n’avait pas remis les pieds dans ce village humain depuis la tragédie. Pourtant, elle y était venue plus jeune à d’assez nombreuses reprises, encouragée par Timnah à connaître davantage son peuple. Dara n’avait jamais été vraiment convaincue du bien fondé de ces visites où les gens la regardaient comme une bête curieuse. Elle ne se sentait pas du tout humaine, surtout dans ce qu’ils appelaient des vêtements... Elle se pensait, se sentait et vivait comme une louve et ce malgré l’éducation qu’avait essayé de lui enseigner la vieille femme. Si elle était venue à Kalaag par le passé, c’était bien pour lui faire plaisir. Et au final, pour leur malheur aussi.

Dara était encore à l’orée du bois, observant les allées et venues des habitants depuis les hautes branches d’un vieux chêne. Elle vit surtout des hommes en armes, une sorte de milice qui n’existait pas deux ans plus tôt… Mais des humains,  Dara n’en avait plus peur. Il est vrai qu’ils avaient failli la tuer. Mais en deux ans, la jeune femme avait fait de gros progrès en combat. La plupart n’étaient que des paysans qui savaient bien mieux manier la fourche que l’épée. Non, la seule chose qui attira vraiment son attention était une belle fourrure blanche qui ornait les portes de la ville. De hautes portes en rondins de bois, qu’un chemin de ronde surplombait. La peau de Lenka se trouvait juste en dessous à l’abri des intempéries. La tête de la louve géante y était encore présente. Dara fulminait. Cette dépouille était une véritable provocation. Et ce depuis trop longtemps. Elle vit les chemins qu’empruntaient les gardes, estima leurs forces… Les portes étaient ouvertes, ce qui ne facilitait pas sa tâche. Elle allait être vite repérée. Mais en même temps, c’était un peu ce qu’elle recherchait. Elle aurait eu une excuse pour se défendre et faire couler le sang. Après deux bonnes heures de patience et d’étude, elle se décida enfin. Sur le chemin de ronde, il n’y avait qu’un vieil homme. Elle savait que c’était le bon moment. Elle se laissa alors rapidement glisser au sol dans une souplesse silencieuse. Et une fois sur ses deux jambes, elle partit comme une flèche en direction des portes, sa machette à la main gauche. Ses pieds nus foulaient à peine l’herbe grasse et jeune qui entourait Kalaag, elle semblait courir sur l’air. Ses cheveux flottant derrière elle, comme un funeste voile de deuil. Seuls ses yeux luisaient sous l’éclat pâle de la lune.

Elle arriva à la hauteur de la haute palissade de rondins comme une ombre furtive que personne ne semblait avoir vue. Elle se tapit dans l’ombre et se faufila rapidement le long du mur de bois. Elle ne s’arrêtait pas, avançant rapidement et discrètement jusqu’à son objectif. Une odeur. Elle se figea sur place. Elle sentit quelqu’un tout près. Elle huma l’air.

« Ca pue l’humain… » 

 Elle chercha l’origine de l’odeur. Cela venait de derrière la palissade. Elle se frotta le nez de dégoût avec le dos de la main droite et reprit son avancée. Bientôt son objectif fut juste au-dessus d’elle. Seul l’espace vide des portes ouvertes la séparait de la douce robe. Des pas. Dara se retourna vivement mais ne vit rien dans les ténèbres. Elle commença à se montrer plus méfiante et plaça son arme en évidence. Mais rien de plus. Pourtant, elle était sûre de ne pas avoir rêvé… Elle ramena sa tête vers les portes et plus précisément sur les lourds linteaux en bois massif, encore couverts d’écorce et à peine élagués. Dara entama alors une ascension, rapide, habituée à des exercices plus difficiles, la machette coincée entre les dents. Escalader ainsi était un avantage qu’elle avait sur les vrais loups, la rendant particulièrement douée pour la chasse aux écureuils… Arrivée en haut, juste sous le chemin de ronde, elle s’arrêta à nouveau : le vieil humain était tout près. Et puait tellement que Dara eut envie de vomir. Sueurs, crasse, alcool et même urine, tout pour littéralement agresser l’odorat très développé de l’adolescente. Son mépris des humains augmenta d’ailleurs encore un peu plus. Elle n’avait jamais connu créature plus sale et repoussante que certains humains. N’en pouvant supporter davantage, elle se mit à avancer vers le dessus des portes, silencieuse mais toujours aussi incommodée par les odeurs. Cependant la proximité de sa cible blanche axa son attention ailleurs. Elle s’avança encore et fut enfin à califourchon sur une large poutre à seulement une longueur de bras de « Lenka ». Dara en eut les larmes aux yeux. Une main, un peu tremblante, s’avança vers la fourrure et plongea dans les longs poils encore soyeux. Dara était dans un état indéfinissable. Elle était si heureuse de caresser à nouveau cette douceur maternelle… et en même temps tellement emplie de haine ! Ses doigts se crispèrent quand sa main atteignit la tête empaillée. Ces maudits humains lui avaient donné une expression de monstre, crocs en évidence, les babines retroussées avec des yeux mal peints. Alors que Lenka n’avait toujours été que douceur. Une louve dont Dara gardait le souvenir, comme celui d’une mère souriante, attendrie, devant les jeux maladroits des louveteaux. Elle sentit alors la colère lui nouer la gorge, les yeux la piquer et ses mains se refermer sur la fourrure pour la ramener vers elle et la serrer dans ses bras. Le contact contre sa peau, derrière la boue qui commençait à sécher… Elle eut envie de hurler mais se mordit la lèvre pour ne pas le faire et leva un visage désespéré vers le ciel. Elle voulait pleurer sa mère comme une louve l’aurait fait, en hurlant à ce croissant de lune.  Mais non, elle devait se reprendre, ce n’était ni le lieu, ni le moment. Elle respira l’odeur de la fourrure. Derrière les senteurs de cuir tanné, elle trouva une infime senteur de Lenka. Cette simple odeur nostalgique la fit revenir à la réalité. Elle passa dans un geste la fourrure sur ses épaules, la tête sur la sienne, nouant les pattes avant autour de sa gorge. Et elle se mit en équilibre sur la poutre, accroupie, avant de sauter au sol. Bien trois mètres plus bas, elle se laissa rouler au sol pour adoucir sa chute et aussitôt debout fila vers les ténèbres protectrices de la forêt. Dara souriait à nouveau, mais les larmes avaient fait couler la boue noire de son visage en deux traînées qui révélaient à nouveau le blanc de sa peau.

Elle fut à nouveau à hauteur du vieux chêne et se dissimula derrière l’énorme tronc pour s’arrêter un instant et calmer son trouble et son cœur qui battait à tout rompre. Cachée, elle planta sa machette dans le sol mou et fit glisser la belle fourrure de son dos pour la regarder encore un peu. Elle la caressa avec nostalgie et émotion. Combien de fois avait-elle voulu avoir cette toison entre les mains ? Combien de fois en deux ans ? Dara n’en avait absolument aucune idée. Mais c’était devenu une sorte d’obsession et cette nuit-là, elle l’avait exaucée. Elle frotta un peu son visage, grattant la boue séchée et découvrant encore davantage son visage. Elle fit de même pour une grande partie de son corps, n’ayant plus à se camoufler. Et voulant profiter du contact de la fourrure. Elle se sentit rajeunir, redevenir ce nourrisson qu’elle réchauffait contre elle, cette toute petite fille qui apprenait à marcher en se tenant à ces poils, cette enfant qu’elle prenait sur son dos pour courir au milieu de leur grand territoire… Que des souvenirs et des sensations que Dara croyait avoir oubliés. Elle se remit à pleurer en silence sur cette peau. Comme ils avaient dû la mutiler… Sa belle mère-louve… Dara resta longtemps ainsi, à rechercher l’amour perdu de sa mère dans le simple et chaud contact de sa fourrure. Et cela aurait pu durer encore longtemps, si brutalement, sa vue ne s’était obscurcie, et qu’une violente douleur à la tête ne l’avait menée à l’inconscience. Elle ne sentit que son corps lourd tomber au sol et sa peau s’enfoncer dans la terre froide.